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Le vote électronique, la « fausse bonne idée » par excellence …
 Grande nouveauté de ces dernières élections, le vote électronique a fait son entrée dans le paysage électoral français. Décrié par certains, encensé par d'autres, je vous propose de faire une visite rapide de cette technologie à qui nous sommes censé confier notre démocratie.
Mais avant toute chose, il est nécessaire de faire le point afin de bien comprendre et analyser
  respectant pas les règles fondamentales de transparence et de vérification des scrutins aient été approuvées et agréées par le Conseil Constitutionnel.

Des arguments fallacieux

Par ailleurs, on nous explique que les urnes électroniques sont économiques, fiables, rapides et permettent de préserver l'environnement en
  huit cent " machines à voter " de nombreux électeurs ont constaté que la machine sélectionnait arbitrairement un candidat qu'ils n'avaient pas choisi, ou, ce qui n'est pas mieux, qu'elle refusait de valider le vote du candidat de leur choix ...
En France, d'une manière assez chronique lors des dernières élections, les "machines à voter" ont souvent enregistré un nombre de vote supérieur au nombre d'émargements ...
Il semblerait que certains souhaitent développer des "machines à voter" utilisant des solutions de communication sans fil. C'est une idée à oublier très vite car, en fait, ces machines offriront alors encore plus de possibilités pour les hackers et autres faussaires de l'électronique et de l'informations de fausser les élections et, par voie de conséquence, de nous voler notre démocratie.

Plus grave encore ...
Vous pensez certainement, comme moi, que chaque "machine à voter" a fait l'objet d'une certification par un organisme indépendant, comme, par exemple, chaque pompe dans les stations services.
Et bien sachez que vous vous trompez et que l'organisme de certification français, en l'occurrence le bureau de contrôle Veritas, ne valide le code source que du modèle de machine à voter et non pas de chacune des machines qui sera produite et utilisée par la suite dans les bureaux de vote.
Il est à noter, pour rien arranger, que rien ne semble fait au niveau de la validation des circuits électroniques et, surtout du couple informatique/électronique.
Un simple contrôle de bon fonctionnement de chaque machine est réalisé par les mairies, selon une procédure préalablement décrite par les fabricants de ces machines qui, de ce fait ont véritablement la "main mise" sur l'ensemble des scrutins.
Les collectivités ne disposent pas des spécialistes susceptibles de vérifier les informations stockées par chacune des machines. Elles ne peuvent donc pas contrôler que les applications ou les composants électroniques correspondent en tous points aux spécifications de base. En fait, elles ne peuvent que constater que la machine affiche bien les votes saisis dans le cadre des tests de mise en route, tests qu'elles auront mis en œuvre exclusivement en suivant la procédure décrite par ... le fabricant de la machine ! Les électeurs ne peuvent plus vérifier la bonne tenue des élections ...
Les " machines à voter " remplace totalement le recomptage manuel effectué habituellement par les citoyens. Il semble que seuls les informaticiens associés au fabricants des machines auront la possibilité de pouvoir accéder au scrutin, et encore il n'y aura qu'eux qui pourront interpréter le contenu électronique de l'urne ce qui, in fine, n'apporte rien de plus au niveau du contrôle citoyen indispensable dans une démocratie.
l'environnement démocratique dans lequel se situe le vote électronique. "... une « machine à voter », au nom de l'obligation de secret du scrutin, empêche totalement la moindre vérification a posteriori des bulletins ..."
 
" Vote électronique " et " machine à voter "
Il est fondamental de bien comprendre ce qui distingue le "vote électronique" des "machines à voter" (également appelés "ordinateurs de vote").
En fait le "vote électronique" regroupe l'ensemble des solutions qui permet au citoyen de pouvoir voter en utilisant un appareil électronique et/ou informatique. Il regroupe aussi bien le vote par internet, que le vote à partir d'un téléphone portable, d'un PDA ou par l'intermédiaire d'une "machine à voter".
Aujourd'hui, en France, seul le vote électronique avec une " machine à voter " est autorisé.
Les ordinateurs de vote sont donc des machines électroniques qui sont utilisées à la fois l'urne, l'isoloir et le bulletin de vote du citoyen au sein d'un bureau de vote.
Solution "tout en un" avec aucune tracabilité des votes et aucune existence physique des bulletins, le nom "machine à voter" semble avoir été trouvé pour évoquer à lui tout seul l'avenir de notre démocratie avec la substitution du contrôle citoyen par une machine ...

Quelques règles démocratiques
Il faut se rappeler qu'une élection démocratique et républicaine, au sens de nos valeurs Françaises, ne peux être légitime que si elle a lieu dans le stricte respect, pour chacun des électeurs, des trois principes fondamentaux que sont le secret absolu de chaque vote, la transparence globale du scrutin et enfin, et peut être même surtout, la possibilité à l'échéance de vérifier le scrutin autant de fois que nécessaire.
Le secret absolu du scrutin est garantie par le fait que le citoyen peut s'isoler dans un lieu où il est facile de s'assurer qu'il a voté sous l'emprise d'aucune contrainte. C'est pour cette raison que le vote à distance, de type internet, ne peut pas être utilisé dans le cadre d'élections démocratiques.
La transparence du scrutin permet à chaque électeur de pouvoir contrôler et donc comprendre l'intégralité des mécanismes et des opérations entrant en oeuvre dans l'enregistrement et le traitement de son vote. Avec les " machines à voter " nous sommes dans une situation où la population entière d'un pays doit accepter "aveuglement" d'accorder sa confiance à un très petit groupe de techniciens.
La possibilité de vérifier le scrutin permet, en cas de doute lors d'un premier comptage, de vérifier le scrutin de façon contradictoire, c'est-à-dire par des moyens différents de la solution utilisée lors du premier comptage ce qui est, par nature, totalement impossible avec les "ordinateurs de vote".

La confiance ne se décrète pas ...
Contrairement aux actions dématérialisées de la vie courante, une " machine à voter ", au nom de l'obligation de secret du scrutin, empêche totalement la moindre vérification a posteriori des bulletins.
Cette situation est totalement contraire à ce qui se passe dans l'ensemble des opérations dans le monde virtuel. Ainsi, par exemple, lorsque vous utilisez votre carte bancaire dans un magasin, sur internet ou au distributeur de billets, il vous est facile de vérifier chacune de ces opérations en consultant votre relevé de compte.
Il est à noter que le mot "scrutin" vient du mot latin "scrutinium" qui signifie "action d'explorer minutieusement", ce que ces nouvelles machines ne permettent plus ...
On peut s'interroger sur le fait que, dans le pays des droits de l'homme, des "machines à voter" ne
  économisant le papier des bulletins de vote, mais c'est oublier bien vite qu'elles consomment de l'électricité là où une simple urne en plexiglas ne nécessitait aucune alimentation.
Mais, bien plus grave, du point de vue écologique, les "machines à voter" sont composés de matériaux électroniques et elles contiennent des batteries électriques qui sont, comme chacun le sait bien, des produits hautement polluant tant à la fabrication qu'en fin de vie, et surtout, en tout état de cause, beaucoup plus polluant que de simples bulletins de vote en papier recyclé ...
On a également expliqué que cela permettrait de gagner du temps lors du vote, en fait cela s'est révélé totalement faux du simple fait de la présence d'une seule machine à voter là ou avant il y avait plusieurs isoloirs.
Enfin, on veut nous faire croire que ces machines sont plus économiques, c'est oublier bien vite que, comme tout matériel électronique, elles doivent être stockées dans des lieux chauffés et surtout sous surveillance afin d'éviter toute intervention "suspecte" entre deux élections.
Et que dire enfin de la mise en route des machines avant un vote, mise en service qui nécessite l'intervention de spécialistes coûteux et à qui, de plus, nous tous et notre démocratie devons faire "aveuglément confiance" ...

La confidentialité et la véracité des votes
Il est intéressant de constater que la confiance des personnes dans les "machines à voter" est inversement proportionnelle à leurs compétences informatiques. Dans l'ensemble les informaticiens amateurs ou professionnels sont contre car ils y voient de nombreux moyens de détourner tout ou partie des votes avec les conséquences que l'on peut imaginer sur le scrutin final ...
En effet, la confidentialité des votes peut être facilement remise en cause du simple fait que ces machines émettent des radiations et, comme tout système électroniques, sont sensibles aux différentes fréquences.
Ainsi, par onde radio, on pourrait assez facilement envisager de charger des informations dans l'un ou l'autre des composants des "machines à voter".
Dans le même esprit, rien ne pourrait permettre de
 
 
"La confidentialité des votes peut être remise en cause du simple fait que ces machines émettent des radiations ..." Tout cela démontre qu'il est nécessaire que l'on réfléchisse
savoir si l'appareil, à travers une quelconque application de type "cheval de Troie", n'a pas enregistré à votre insu le couple "nom du candidat / empruntes digitales" identifiant ainsi le vote de chacun d'entre nous ...
Pour ne rien arranger, la période de stockage des machines étant par nature assez longue, il n'est pas impensable qu'un fraudeur puisse s'introduire un programme qui aurait pour objectif de modifier les votes afin de faire gagner tel ou tel candidat ...
Et, faute de trace matérielle pour le recomptage, cette fraude pourrait ne jamais être décelée ...

Déjà des défaillances ...

Aux Pays-Bas, des chercheurs ont fait la preuve, lors d'une élection, qu'en détectant les radiations électromagnétiques émises grâce à appareillage en
vente libre, il leur était possible de connaître, en temps réel, le vote de chacun des électeurs ...
Mais l'un des disfonctionnement les plus sérieux a eu lieu aux USA, en Pennsylvanie. En effet, sur plus de
  très sérieusement, publiquement et de façon contradictoire, afin d'arriver à des solutions qui permettraient de pouvoir utiliser le vote électronique sans contrevenir aux principes fondamentaux de la république.

Contrairement aux "machines à voter", une urne transparente ne s'use pas, se stocke facilement, ne se démode pas, ne peut être "bourrée" à l'avance, ne demande aucune remise à jour technique et ne nécessite aucune procédure de mise en service.
De plus, mettre son bulletin de vote dans une enveloppe puis dans l'urne est un geste bien plus responsable que d'appuyer sur un bouton ...

Alors, Madames et Messieurs les Maires et les Conseillers municipaux, dans l'état actuel des choses, si votre souhait est de mettre notre démocratie dans les mains de quelques individus, des informaticiens de surcroît, avec les "machines à voter", vous êtes sur la bonne voie ...
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L'auteur, Gilles de Chezelles :
Manager, auteur de nombreux articles et ouvrages, il a créé la société GdC Consultant afin de mettre au service des entreprises et de leurs managers son expérience et son savoir-faire.
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